VOS TEXTES

 

Très beaux Haïkus de Nicolas Minair

 

 

Le chat et moi                          

les gestes barrière ?                  

connais pas !                          

 

Vol de nuit                              

la lune en maraude                 

sort sans papier

 

Espace confiné

seul le ciel est libre

de respirer !

 

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Et voici un texte très drôle de mon ami Jean-Marie Braillon (qui est-il et qu'est l'Académie des Lafleur? Les Amiénois le savent mais pour en apprendre davantage, allez sur picardrouchi.com, page Urchon Pico). Ainsi, voici l'origine du coronavirus!

 

Le mariage de Monsieur et Madame Tatoux-Labitte

*

            En cette année 1817, janvier avait tout gelé, février était enneigé comme jamais, et en mars, alors que l’Académie devait se réunir dans l’Oise le 9, il y eut une terrible tempête de neige, commencée de la veille.

            Lafleur n’avait pas peur de ce temps, mais pour la première fois Maque d’el Motte et Bralion furent d’accord pour reporter l’Académie aux beaux jours. Finalement il fut décidé que l’Académie aurait lieu le mardi 29 juillet, à l’occasion du mariage[1] de l’académicien Jean Eléonor Tatoux avec Marie-Anne Labitte à Hondainville.

            C’était Auguste Thouret, de Fournival qui était chargé d’organiser tout, car d’Académicien Tatoux était, lui, entièrement tenu par les préparatifs de son mariage. Les Académiciens, venant pour la plupart de loin étaient invités à loger chez le comte Charles-Etienne de Bougevin Vialart de Saint Morys qui avait terminé la reconstruction de son château que les révolutionnaires avaient mis à bas ; ce qui l’avait obligé à loger un temps dans un local de la basse-cour, pendant les travaux.

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Charles-Etienne de Bourgevin Vialart de Saint-Morys

(peinture de Jean-Baptiste Greuse)

            Vialart de Saint Morys offrait le hall du château comme salle de conférence pour les débats de l’Académie, et son bureau pour stocker les boissons nécessaires à rincer les gosiers des orateurs.

            Les premiers Académiciens devaient arriver vers le 18 juillet. Ceux de Thiérache vinrent en char à banc conduit par Nicolas Périlleux, accompagné de sa femme, Sophie Péry, et également d’Henry Berquet accompagné d’une càrabirèche apprivoisée, tous les trois d’Harcigny,

P1070797

 

Càrabirèche (femelle) faisant la belle pour avoir une poignée de pellicules capillaires (cf.Urchon Pico 281)

ainsi que Jean-Marie Bralion, membre fondateur de l’Académie. En route, ils ramassèrent Messidor Tétard et son fils César.

            Ceux de l’Amiénois étaient tous venus à dos de mule. Eloi Eloy, fils du défunt Dagobert Eloy (membre fondateur), était supporté par Rossinante, Maque d’el Motte chevauchait sa mule Jenny, suivi à pied par sa femme portant un cent de vin,  Lafleur avait été ligoté sur Fudrome afin qu’il ne chût pas, Laurint de l’Abbie, dixième du nom, marchait à côté de sa mule, trop vieille pour le porter.

            Venus de l’Oise, Catherine Legrand, cantatrice officielle de l’Académie, avait cheminé à pied, suivie par son cousin Geoffroy Maboule soufflant à le faire claquer, dans son pipasso.

            Le temps était frais pour la saison, ce qui était bien car les tonneaux de cidre n’auraient pas supporté les fortes chaleurs. Le samedi 19 juillet 1817, les Académiciens arrivèrent en ordre dispersé à Hondainville, où Le Comte Vialart de Saint-Morys, Jean Eléonor Tatoux et Auguste Thouret les accueillirent et les installèrent au château. Tout juste s’ils purent voir que le comte avait l’air soucieux. Niepce qui était déjà là à la fondation de l’Académie arriva pour le dîner et réussit ( ?) son premier physotautype intitulé « la table servie », sur lequel on ne voyait rien, qui n’a pas été conservé et nous le déplorons.

            Il restait dix jours avant le mariage Tatoux-Labitte, et nos Académiciens profitaient largement de la cave du comte et des réserves constituées par Auguste Thouret.

            Le dimanche, Maque d’el Motte alla voir le Prétendant au Trône (le sieur Bralion), il lui annonça que le Comte avait un duel le lendemain lundi, avec un « demi-solde », un nommé Dufay,  un peu timbré et très exalté, un peu fat, un peu bel esprit, ennemi avoué de mille choses et de mille personnes. Lafleur frétillait à l’idée de ce duel, il se proposa pour être le témoin du Comte de Saint-Morys, mais celui-ci avait déjà des gens sérieux pour l’assister ; il tenta d’être le témoin de Dufay mais celui-ci menaça de le zigouiller. Lafleur abandonna l’idée de s’en mêler.

            Toute la journée du dimanche fut troublée. Premièrement les Académiciens, mal remis de leur soirée d’arrivée, manquèrent l’heure de la grand-messe et le curé vint leur faire savoir sa pensée. Les Académiciens, depuis longtemps perdus pour la religion, n’en eurent cure. Ils étaient tous animés par le spectacle qui se jouerait le lendemain.

            La nuit fut courte, personne ne voulant manquer le lever du soleil.

*

            Le 18 avril précédent, Dufay avait fait la menace, dans une lettre injurieuse, de couper la figure de Vialart de Morys à coups de fouet. Rien ne permit d’éviter un duel « à mort » et ce matin du lundi les Académiciens encore sous l’effet du cidre et du vin de la nuit chantaient l’hymne académique « Ch’est dés boins fius » à tue-tête au bord de l’étang qui avait été choisi comme pré du duel.

            Vialart arriva le premier avec ses témoins. L’un deux alla demander un peu de respect aux Académiciens. Maque d’el Motte expliqua entre deux hoquets qu’ils étaient là pour soutenir Charles-Etienne. Lafleur voulut faire entendre raison au comte mais s’étala sur la table où étaient posés les pistolets. Tout fut remis en place sans délai.

            Le calme revint à l’arrivée de Dufay qui pérorait et faisait peur à tout le monde. Un des pistolets devait être chargé et l’autre vide, le duel devait se faire à bout portant l’un contre l’autre. Le curé administra l’extrême-onction aux deux hommes et s’éloigna, tout en priant.

            « Pan ! ». Les deux hommes restèrent face à face quelques secondes puis le Comte de Saint-Morys s’écroula aux pieds de Dufay qui ne cacha pas sa joie. Les Académiciens étaient consternés : où allaient-ils dormir jusqu’au mardi de la semaine suivante ?

            Lafleur trouva que c’était une occasion de passer une semaine gratuite.  Jean Eleonor Tatoux décida de les employer à préparer ses noces et logea toute la troupe dans sa grange. On oublia vite Vialart, sauf qu’on continua à piller sa cave, profitant que sa femme était éplorée, tout occupée à protéger sa petite fille. Le lendemain, l’Académie était presque au complet pour les obsèques, Maque d’el Motte fit un discours académique de bonne tenue (Lafleur dormait dans la grange). Il fut décerné un Lafleur de Ramintuvrie au défunt, ça ne coûtait rien et donnait une nouvelle occasion d’arroser ça !

            La semaine qui suivit ne fut que discussions académiques arrosées, selon un planning serré élaboré par Auguste Thouret qui se chargeait aussi du carburant. On s’étonnait de l’absence du couple Jeffroy et Angela Ginse-Dupicard, mais personne ne s’en plaignit, en effet ces pisse-froid eussent risqué de gâcher le plaisir.

*

            Henry Berquet avait beaucoup de succès avec sa càrabirèche apprivoisée. Le futur couple Tatoux-Labitte ne cacha pas son envie d’avoir une aussi jolie petite bête chez lui et fit promettre à Henry de lui en offrir une.

            Le samedi du mariage arriva, tous les Tatoux étaient là : Jacques Hubert et Marie-Catherine. C’est le premier adjoint qui dut officier à la mairie étant donné le décès du Comte de maire. A l’Eglise  tout était du domaine du Merveilleux, Mais… juste avant que Jean Eleonor et Marie-Anne se dissent « oui », on entendit un cri derrière les mariés, Françoise, la càrabirèche d’Henry Berquet, venait de mordre Marie-Catherine Tatoux, sœur et témoin du marié, à la cheville. Elle ne s’en inquiéta pas le moins du monde, d’autant que le rebouteux Labbé l’examina et ne vit rien de grave… pourtant, elle avait très mal. Elle boita jusqu’à la sacristie quand il lui fallut aller signer le registre paroissial. A la sortie de l’église on lança de l’épeautre sur les mariés, puis on les embrassa abondamment.

            Le repas fut servi dans l’aire de grange qui accueillerait dans quelques semaines les récoltes. On avait dressé des tréteaux, tendu des draps. Chacun avait une écuelle, une cuiller et un couteau. Les hanaps d’étain étaient disposés devant les écuelles, et, de ci de là des bouquets de bleuets et d’épis d’orge décoraient le lieu, des  pains de sept livres terminaient la garniture. Des bancs de fortune entouraient les tréteaux.

            Après la soupe à la poule, on manga de la carpe des étangs, puis la poule et ses légumes, et enfin du cochon bouilli. Pour terminer, des tartes au sucre finirent de remplir les panses. Ce fut ensuite le tour des danses, sous la musique entraînante du pipasso de Geoffroy Maboule.

            C’est pendant qu’on ballait comme des fous, que Marie-Catherine Tatoux s’écroula. On allongea la malheureuse sur la paille. Labbé, en tant qu’ersatz de médecin fut convié à donner son avis. Marie-Catherine présentait une forte fièvre et il apparaissait sur sa peau des phlyctènes inquiétantes. Conclusion de Labbé : la càrabirèche était atteinte d’une sorte de rage ! Puisque tous, sauf Henry Berquet étaient de cet avis, on décida de la noyer dans un des étangs… la càrabirèche n’attendit pas qu’on lui ôte la vie, elle s’esquiva.

            Labbé fut contredit rapidement. Marie-Catherine ne bavait pas, n’avait pas de convulsions : elle toussait et étouffait. Auguste Thouret avait un cousin de passage à Fournival qui connaissait bien les plantes. Il enfourcha une mule et courut le chercher.

            Une heure après, Auguste Thouret était de retour avec son cousin Jean-Joseph Pasteur, herboriste et médecin à l’occasion. Ce dernier avait une théorie concernant les maladies. Il pensait qu’outre les chiens qui mordaient, les chats qui griffaient, les puces qui piquaient, etc. Il devait (?) exister des animaux si petits qu’on ne pouvait les voir, mais qui du fait de leur grand nombre, étaient capables de faire les mêmes dégâts que les grosses bêtes.

            Et là, ayant déjà ausculté des Tatoux dans le Rhône, il avait noté des choses bizarres chez eux. Soudain son encéphale se mit à bouillir et il eut un éclair de génie : les Tatoux portaient ces petits animaux méchants qu’il avait nommé « micro-bœufs » par opposition aux « bœufs »

Jean joseph pasteur

Jean-Joseph Pasteur

            « Eurêka » dit Jean-Joseph Pasteur, « c’est ce que supputait mon ami médecin chinois ??? (Wáng Mèngying), les micro-bœufs contenus dans le corps des Tatoux se réveillent au contact de ceux que contient un autre animal, et cet animal, nous l’avons enfin trouvé : la càrabirèche ! ».

            Les gens le regardaient comme un fou délirant, n’empêche, le lendemain matin tous les noceurs avaient des cloques sur tout le corps. Cela dura quelques jours, puis la fièvre tomba. Le couple Tatoux était soulagé car il avait craint un moment, que leur mariage allait coïncider avec la mort de tous les gens d’Hondainville.

            Pour faire durer la mémoire du Comte Vialar de Saint-Morys, décédé la semaine précédente, Jean-Joseph Pasteur proposa qu’on nomme le micro-bœuf  « CoVi17 » issu des Tatoux et de la càrabirèche. Ces découvertes furent colligées en un document intitulé « Des micro-bœufs et de la santé[2] », où tout était noté, avec l’espoir qu’on pût un jour exterminer cette maladie.

            Quand ils allèrent mieux, les Académiciens s’égaillèrent dans la grande région de langue picarde, après avoir décerné leur Lafleur éd Brin pour 1817  au CoVi17, et le Lafleur éd Chucq à Jean-Joseph Pasteur.

            Résultat, le Maire Michel d’Harcigny émit un décret interdisant à tous les Tatoux de s’introduire sur le terroir de sa commune. Il proposa même au Préfet de l’Aisne que les Tatoux et leurs descendants fussent confinés dans leur département de l’Oise.

            Il fut décidé que l’Académie suivante aurait lieu à Harcigny (Aisne) le 3 février 1818, jour du mardi gras.

Remarque du transcripteur : n’est-ce pas dans l’Oise que deux cents ans après, apparut le CoVid19 ??? Je dis ça, je ne dis rien.

 

[1] Ces personnages et les dates ont bien existé…

[2] Hélas, trois hélas, le fils de Pasteur, né l’année suivante détruisit le document de son père, et ne cessa durant sa vie entière, de tenter de le reconstituer.

 

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Un nouvel épisode de la vie de cette fameuse "Académie des Lafleur", toujours par Jean-Marie Braillon. Un régal! Vous tenez, gens des Hauts de France, à vous faire vacciner? Un seul choix: le "Estrå-j’ai-dés-cåts"! Quelques effets secondaires mais rien de bien méchant!

 

ACADEMIE D'CHES LAFLEUR 

5 MARS 2021

 

 

A cause du confinement imposé par le gouvernement, et l’isolement que s’était imposé le Président des Zoos de France dans son bunker, sans le génie du Secrétaire perpétuellement éphémère McDo.(1)

1 NB. : Les noms des Académiciens seront masqués par crainte qu’ils soient jetés dans les geôles de l’effrayant Casse-tête).

il était impossible que l’Académie se tînt au grand jour. C’est par le Brun-Net’ que le Secrétaire avait convié, avec crainte, les Académiciens. Il savait bien que parmi les membres, certains avaient un comportement de traîtres, vendus au Président, et à son diverticule : l’Agince. La date du 5 mars fut retenue. Comme par hasard, les départements de la Somme et de l’Aisne étaient quadrillés par les CRS. Le rendez-vous était fixé dans un bistrot derrière la petite place d’Arras. Cette ville abritant quelques uns des représentants de l’autorité régionale, jamais les cerveaux du ministère de l’intérieur n’auraient pu croire qu’on eût pu s’y réfugier. Il avait été conseillé aux Académiciens de venir en covoiturage pour que l’afflux de véhicules n’attire pas l’attention. Pour la même raison, les voitures électriques étaient fortement conseillées. Le jour dit, les Académiciens vêtus de la façon la plus neutre possible, à part le Secrétaire perpétuellement éphémère qui ne pouvait se séparer de son costume de Lafleur (il paraît qu’il dort avec, -de source anonyme sûre-) se précipitèrent au bistrot. Ils y entrèrent par la cour, dans la ruelle de derrière. A l’intérieur, d’épais rideaux masquaient la rue. Le patron, qu’on appellera Rémi pour induire en erreur les agents de la DCRI, demanda aux Académiciens, au fur et à mesure de leur arrivée, de faire le moins de bruit possible. Le Marguillier n’était pas là. Le but de l’Académie 2021 était, entre autres, de vacciner les Académiciens contre le cowite19 qui sévissait alors de façon inquiétante dans le Pas-de-Calais. Le Secrétaire présenta un nouveau vaccin, créé par un ancien médecin agissant à l’Agince. Les huit flacons en possession de l’Académie avaient été dérobés par le Secrétaire lors d’une visite à l’Agince. Il s’agissait d’un vaccin typiquement local et adapté aux coriaces natifs du Nord-Pas-deCalais-Picardie. Il avait été baptisé par le Dr Thé "l’Estrå-j’ai-dés-cåts", qui avait, prétendait-il, l’avantage supplémentaire de prévenir définitivement des allergies aux poils de chat.

Mais où était donc le marguillier ? On savait qu’il s’était acheté un scooter électrique pour arriver discrètement. 2 Impossible de lui téléphoner sans alerter la DCRI. Cependant, l’Académie ne pouvait pas se tenir sans lui. Ses contributions bâtissaient les piliers de bistrots, pardon ! de l’Académie. La Cantatrice officielle de l’Académie avait été bâillonnée, toujours par souci de discrétion. Il avait été prévu de la nourrir par perfusion, mais elle promit de n’ouvrir la bouche que pour y introduire une fourchette garnie, elle fut débâillonnée pour manger. F.Mairie, un des Académiciens de la Thiérache avait apporté un maroilles ! Trop gros risque ! On mit le fromage dans un frigo, pour éviter que son parfum n’infuse sous les portes, et soit repéré de l’extérieur. Les charmantes infirmières d’occasion, Gibet et Gigi, se mirent rapidement à leur travail de vaccination. L’ambiance était feutrée, du jamais vu en 229 ans de l’Académie. Mais que faisait le Marguillier ? Avait-il encore perdu son chien (2) ? Comment faire ? En attendant son arrivée, après la séance de vaccination, les Académiciens se mirent à table. Le Député académicien, tout juste sorti du TGV Paris-Arras faillit dévoiler qui nous étions aux traîtres qui, certainement, noyautaient l’Académie. Lorsque Rémi, le bistrotier lui servit un verre de chuche-mouréte(3) , il gueula

2 Cf. Académie des Lafleurs 2020 à Puchevillers (Somme) 3 apéritif

« Merci Patron ! ». Tout le monde lui fit les gros yeux. Deux heures après, les Académiciens avaient fini de manger et pas encore de boire. Le Marguillieradjoint, Toudi-pos-Gàrnoulhe, déclara qu’il fallait destituer le Marguillier et le nommer, lui ! On passa au vote, 21 noix pour et 21 noix contre (4) . Bien sûr, le résultat était truqué, comme l’élection américaine au cours de laquelle le meilleur des meilleurs, Trump, idole du Marguillieradjoint, avait été spolié. Tout d’un coup on entendit frapper à la porte de derrière. Rémi, tremblant, alla voir du grenier qui était là. Il redescendit hilare en disant « ch’é foque ein coulon(5) ! ». Dumoutier, le marionnettiste de l’Académie, et coulonneux à ses heures, alla ramasser le pigeon. Il y avait un message à la patte droite. Le Marguillier y disait être en panne d’électricité à Waillylès-Arras. Il se planquait près du Crinchon, petite rivière du village. Le Secrétaire perpétuellement éphémère qui avait déjà vidé quelques bouteilles d’ Arras’in blonde café, discutait avec le pigeon pour qu’il veuille bien retourner voir le Marguillier à Wailly. Le pigeon était adorable, mais ne comprenait rien de rien. Le pipassotier officiel dit qu’il avait assez d’électricité pour aller le chercher. Ah si on avait pu téléphoner !

 4 les bulletins de vote académiques sont des noix depuis le 8 mars 1793.

5 Ce n’est qu’un pigeon

 Toudi-pos-gàrnoulhe tint à accompagner le pipassotier. Il avait en tête de tenir la tête du Marguillier quelques minutes dans l’eau du Crinchon (6) , et régler ainsi la succession marguillière. Pendant ce temps, la bière coulait à flots. Il faut dire que la brasserie était tout près et qu’on pouvait s’y rendre par les souterrains ! Le sérieux habituel des académiciens fut cependant perturbé par les effets indésirables du vaccin. Ceux qui ne vomissaient pas allaient violemment du bas.

Les Académiciens maudissaient le Dr Thé et son invention, ils avaient peur de mourir. On commençait à discuter des lafleurs à attribuer. Seul le lafleur éd chucq fit consensus et fut attribué à Georges Larcin, pour son dictionnaire français-picard borain. On essayait de départager des ennemis du picard pour nommer le lafleur éd brin quand on frappa à la porte de devant. Rémi monta à l’étage, il redescendit et le visage effrayé, l’index sur les lèvres, il dit : « Ch’é chés cadoreus min·nèis pau conmissére Linjélèi ! I vos foet `s àrsoever ! Vnez avuëcq (7 )! ». Ils descendirent à la cave et prirent le souterrain de la brasserie, d’où ils s’égaillèrent sur la terre du picard… Rémi, revenu dans son bistrot finit par ouvrir aux cadoreux qui ne cessaient de tambouriner.

6 signifie en picard « individu maigrelet, grillon)

7 Ce sont les policiers conduits par le commissaire Lingélèi ! Il faut que vous vous sauviez ! Venez avec moi !

« Os ont ein mindå `d échun (8) ! » dit Linjélèi. Les policiers s’engouffrèrent dans l’établissement, jonché de vomissures, et de cadavres de bière. Au bout d’une demiheure, Linjélèi rassembla ses hommes et l’œil mauvais s’apprêtait à sortir quand il entendit un bruit et des voix à l’arrière du bistrot. Se pointèrent alors le pipassotier, le Marguillier-adjoint, poussant devant eux le Marguillier qui hurlait : « Nnan, `j éne vuë pos ête piqhèi, Nnan ! ». Ils furent immédiatement testés à l’alcool. Seul le Marguillier s’en sortit car il n’avait bu que de l’eau, il fut immédiatement relâché. Les deux autres furent emmenés au poste avec le bistrotier. Le commissaire eût aimé les questionner (au sens ancien), mais la France ne permettrait jamais qu’on agisse ainsi. Leurs vêtements étaient couverts de vomi, ce qui n’encouragea pas non plus les policiers à rester auprès des lascars, d’autant plus que les Académiciens parlaient picard et que le commissaire maîtrisait mal cette langue. Le Policier en chef rageait, mais n’est pas Maigret qui veut. Le marguillier masqué, méconnaissable.

8 Nous avons un mandat de perquisition !

 Épilogue : on sut que le Marguillier n’était pas du tout en panne d’électricité, mais craignait les piqûres. Faute d’avoir terminé la réunion, il n’y eut pas de lafleur éd brin décerné, le Marguillier renforça sa position à l’Académie, au désespoir de Toudi-pos-gàrnoulhe.

Innénarrable! Merci, Jean-Marie!

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Un  texte magnifique!

La Flamme

Je suis Delphine Volange et j’appartiens à la société du beau sexe.

N’étant la mère de personne j’escomptais que celles qui le sont iraient enragées par les rues de France défendre en lionnes la vitalité et le visage outragés de leurs petits qui vivent depuis des mois sous la chiffe.

Comme j’avais cru que celles proclamées féministes iraient ensemble gonfler une vague irrépressible contre l’affront sans nom fait à leurs sœurs en couche tenues jusqu’à l’automne dernier de donner la vie sous un masque.

Mais je vis hier encore une jeune mère indigne gourmander son petit garçon déjà emmuselé qui risquait de rendre des gens fort malades en portant trop négligemment sa chiffe.

J’ai dû rêver enfant d’un Armageddon où nous serions unis d’évidence contre l’épouvante, où le roi mon père saluerait mes bravoures, où nous serions les héros flamboyants et solidaires dans le roman.

Je croyais que les ailes de l’amour tiendraient tous les gentils blottis ensemble contre l’adversité par-delà les abîmes.

Je n’avais pas imaginé que ce cauchemar où nous sommes serait doublé d’un autre mauvais rêve, non moins insidieux.

Car nos frères, nos sœurs et nos parents cachent encore je ne sais quelle honte sous un chiffon chimique et envisagent le sérum salvateur comme une heureuse fatalité.

Au sein de nos liens chéris, spéciaux et uniques ces désaccords caricaturaux, communs s’insinuent effrontément, avec pour nous leur dure leçon d’humilité.

Mais tout cela trahit bien pire qu’un différend sous le ciel de la matrice.

Si nos érudits bien-aimés et civilisés peinent à comprendre ce que des grands-mères roumaines ou inuit sentent d’instinct dans les plaines de l’Arctique c’est parce qu’elles savent les choses de la Nature, les hauts secrets de la Vie et qu’aucuns poisons artificiels aucuns sortilèges malfaisants de l’Apocalypse ne sauraient jamais se soustraire à leur éminence.

Pour moi, à défaut d’herbes folles et de Carpates j’ai grandi au jardin des Tuileries quelque part dans la Voie lactée où la lune fait luire dans le noir le marbre des statues. Mais dans ces tragédies d’amour qui vous dérobent le monde et le goût des fleurs, les fils de mes bas ont fini par se prendre à ces voiles qui dit-on recouvrent la conscience, me laissant entrevoir un peu ce qui est caché et que je ne saurais raconter sans mystère ni précautions infinies de délicatesse envers mes frères humains.

Faut-il donc s’être éveillé souventes fois d’un lieu crépusculaire de l’intelligence et d’une sorte d’hypnose pour n’être plus dupe du pervers ou grossier cours des choses…sous le ciel de la matrice où la fausse lumière, les mensonges et le ridicule tuent ?

Nous la Légion des Doux qui avons surmonté en secret de vertigineux scandales, la profanation de notre tendresse, nos allégeances insensées et de cruels vaudevilles, nous n’avons plus peur de voir en face : la Ténèbre.

Et nous brillons dans le noir.

Mais nous tremblons aussi pour ceux que nous aimons.

En plus de saigner chaque jour face à l’humiliation consentie et à l’héroïsme châtré de beaucoup.

Nous craignons pour eux, quand bien même ils s’agacent de nous ou nous mésestiment.

Nous brûlons d’amour.

Serait-ce parce que l’ange d’amour est sans pitié ?

Parce qu’il nous veut toujours plus grands et sages et bienveillants et pleins de courage ?

Et nous fait passer ici l’épreuve de la plus haute flamme.

Pour qu’une fois conquise elle embrase tous ceux que nous chérissons et les protègent surnaturellement des dangers encourus, des bêtes cornues, des enfers et de tous les venins.

Et qu’elle éclaire notre passage à tous depuis les caves de l’Empire vers la lumière du jour.

Bien que la nuit fasse peser sur nous son lourd manteau, l’aube viendra.

 

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Et voici un texte écrit par Catherine L., une amie non asservie, elle aussi, avec qui j'ai fait connaissance grâce à la plateforme de réaction Solidarita. Bravo et merci à elle. Ce texte est tout à fait dans l'esprit de ce site, et j'espère qu'il est prélude à toute une ribambelle d'autres chansons, histoires, contes, parodies, qu'ils soient en picard ou en français et qui permettront de s'unir et de redonner du sens à nos vies d'humains:

Sur l'air de "La tendresse" de Bourvil:

C'est bien penser planète

Mais il faut l'aimer

Car elle donne sans cesse, des airs d'été

Si tu sais l'observer

Et si tu sais l'aimer

Oui, oui, oui, oui si tu sais l'observer...

une fois n'est pas coutume

je jette mes mots, ma petite douce plume

aux stars des robots

Mais ce n'est pas coutume

Car j'aime pas les robots,

non, non, non non

Je n'aime pas les robots

J'ai appris internet

on est obligé

de vivre surplanète

avec des clichés

Mais ce n'est pas sérieux de vivre comme ça

non, non ,non ,non

de vivre comme ça

laissez notre nature et ses habitants

vivre de leurs coutumeset de leurs vivants

laissez notre nature et tous ces familiers

Oui, oui, oui oui à leurs libertés

J'évoquerais enfin que l'humanité mérite dans "sa gloire de fraternité

je finirais mon textes sur ces deux essentiels

oui oui oui oui sur ces deux essentiels

 

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Jean-Luc Menet, auteur de polars, du Valenciennois, possède aussi une belle plume en rouchi. Voici trois sonnets qui évoquent des épisodes de nos vies, pas si éloignés.

 

Ech' confin’mint

Eun jour, ech’ présidint a bafié dins l’lucarne

Pou déclarer la guerre à un sorte ed’ tiot vier

Qu’in appellot l’ Covid’. I’avot pas l’air bin fier :

I r’sanot aux soldats d’el’ batale ed’ la Marne.

 

J’allos éteind’ el’ post’ et final’mint, j’m’acharne

À l’acouter parler d’eun confin’mint amer,

Qu’in peut pus boire eun cop, ni daler à la mer,

Qu’ej’ veros pus personn’ sauf em’ finme, cet’ vieil’ carne.

 

Heureus’mint in avot l’drot d’aller s’pourméner,

Si ch’atot moins d’eune heur’. Mais in pouvot biner,

Arpiquer des salad’s tout in buvant eun’ chope,

 

Hiercher ou bin fouir, ou jeuer du ratiau…

Alors, v’là l’résultat : depuis qué j’sus tout tiot,

Min gardin, nom des os, n’a jamais té si prop’. 

 

J-Luc Menet, 2020

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        Ch' n'attestation

Nous v’là arconfinés, ch’a d’vient eune habitute,

Sauf qué ch’fos-chi, in a deux ou tros permissions

Comm’ d’aller s’pourméner sans arcommindation,

À condition, bin sûr, d’pas canger d’latitute.

 

À ch’t’heure, i m’a fallu ed’ nouvell’s’ aptitutes

Pou m’adapter vraimint à chèt’ situation.

Car pou infin rimplir ch’fameusse attestation

J’cros qu’i faut avoir fait dix ou quinze ans d’étutes.

 

Eun’ fos qu’t’as décidé si ch’est pas l’couverr’feu,

J’té donne eun bon consel : prinds t’cayère, assis-te.

Attinds qu’tout cha s’affiche et pis mets tes leunettes

 

Pou lire et pou choisir el’ lign’ qui correspond

(Cha s’ra aussi rapit’ qu’eune glain’ chaqu’ fos qu’ell’ pond).

Jusse après, i’s’ra l’heur’ d’rintrer à t’maisonnette.

 

       J-Luc Menet, 23 mars 2021

 

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L’arconfin’mint

Les gins, ej’ sus fin prêt pou cheun’ arconfin’mint :
J’ai des noul’s plein l’placard, pis auchi des nosettes ;
J’ai min stock ed’ toubac et pis d’papier toilette.
J’cros bin qué j’peux ténir jusqu’à min interr’mint.

Et pis, mêm’ si j’sais bin qu’i faut y’aller douch’mint,
J’ai dix lit’s ed’ génief’ et autint d’anisette
Judicieus’mint ringés dins deux ou tros muchettes,
Car j’voudros pas qué m’finme les truève trop fachil’mint.

J’ai voulu fêter cha à sa justé mésure.
Pis surtout, i fallot à tout prix qu’ej’ m’asssure
Qu’tout étot bin in ord’. Alors, j’ai mis m’capiau.

J’sus dallé dins m’garin m’servir un cop à boire,
Mais j’ai tout fait quéir, j’ai rinversé l’armoire.
Faut qué j’tienne tout un mos in n’buvant qué dé l’ieau

 

Jean-Luc Menet

 

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Commentaires

  • MINAIR Nicolas
    • 1. MINAIR Nicolas Le 08/03/2021
    Un grand merci ! C'est haïcool !

    Nikô

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